‘It’s my way, or the high-way’ (2020)

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Il me semblait bien avoir déjà posté au sujet de ces voies d’autoroutes sur ce blog. C’était il y a de cela presque dix ans déjà. Si une partie des photos de l’époque sont inévitablement identiques à celles prises dans cette série, je suis tout de même rassuré de constater qu’il y a un brin d’amélioration dans mes prises de vues. Il y a beaucoup trop de cafouillage et de désordre pour prétendre ne serait-ce qu’approcher des photos de Levers qui sont bien plus minimalistes (dans The Modern World 7, pas exemple), mais l’exercice aura été très intéressant, il est bien possible que je le réitère de temps à autre.

Cette seconde série commence en vérité là où j’étais supposé la débuter. J’avais en effet prévu de sortir mon appareil aux abords de Nagoya Minami Junction, mais me suis en cours de route senti comme interpellé par quelque chose. Dans le billet précédent j’ai longuement hésité entre la version en noir et blanc postée et une version en couleurs de ces même photos. En leur donnant un ton froid le rendu était pourtant satisfaisant, mais quelque chose m’a poussé à poster, pour la première fois d’ailleurs, en noir et blanc.

‘Sad things have to happen …’

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Depuis ces histoires de coronavirus, nous ne nous baladons plus à travers le pays comme auparavant, mais squattons les parcs alentours les beaux après-midis ensoleillés. A vrai dire les enfants n’en semblent pas plus malheureux, ce qui me vient à me poser la question de jusqu’où faut il trainer les enfants avec soi dans ses loisirs en tant que parent. Bref. Le gouvernement a annoncé hier soir qu’à partir de lundi prochain écoles maternelles, primaires, collèges et lycées du pays seront fermés jusqu’à la rentrée scolaire en avril. Les enfants vont être à la maison pendant plus d’un mois et je ne vois pas comment nous allons les occuper.

Je ne tiens pas en place. S’il m’arrive souvent de rêvasser sur les photos d’Andreas Levers et surtout sa série ‘At Night’, je suis récemment tombé sur un podcast parlant photographie (Gate Sieben, en langue allemande) où il expliquait qu’après avoir déménagé de son village natal à Potsdam, il marchait des journées entières appareil à la main afin non seulement de prendre des photos, mais surtout mieux connaitre la ville.

Malgré le vent j’ai donc moi aussi enfourché mon vélo dans l’idée de longer l’autoroute Ise-wangan, qui relie Toyota à Yokkaichi en traversant la baie d’Ise, à la recherche de quelque chose. J’ai ‘Love in the Time of Science‘, le premier album major de la chanteuse islandaise Emiliana Torrini dans les oreilles. Bien que sorti en 1999, l’album a très bien vieilli. Je me souviens encore clairement du clip de ‘Dead Things‘, qui exprime parfaitement ce que l’on ressent à l’écoute de ce morceau phare de l’album. Outre une série de huit remix vinyles numérotés de E1 à E8 à priori introuvables, et dont je suis assez sceptique quant à leur qualité, elle a entre-temps sans faire de vagues sorti plusieurs albums dont le dernier en date est mystérieusement intitulé ‘Music To Draw To: Satellite’ produit par Kid Koala, sur lequel elle apparaît en featuring. Je semble tenir mon ‘pick-up artist of the month’, comme on dit à la radio.

Patterns, bridges, and … (Nagoya, Minato-ku)

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J’ai Burial et son ‘Tunes 2011-2019’ dans les oreilles. J’aime fréquenter un lieu qui m’est inconnu en écoutant un album pour la première fois. J’y laisse une sorte d’empreinte sonore, les morceaux marquants me remémoreront un endroit précis, ou à l’inverse un endroit me rappellera tel ou tel morceau. Tandis que les morceaux du premier des deux cd s’enchaînent, je suis content de retrouver le côte énigmatique, vaporeux et fantômatique d’Untrue, réécouté quelques jours plus tôt en guise d’apéro. J’ai également récemment relu en diagonale Blame! de Tsutomu Nihei en tombant par hasard dessus au Book-Off du coin dans sa réédition au format A4. J’avais acheté le dernier Burial il y a de cela quelques mois, il me fallait un contexte adéquat pour l’écouter et pouvoir l’apprécier. Après cette relecture, je m’étais dit qu’il serait intéressant de retrouver dans la vraie vie quelques bâtiments qui pourraient, même de très loin, faire penser aux gigantesques constructions qui parsèment l’oeuvre avec Burial en fond sonore – en plein jour, pour éviter d’être inutilement effrayé.

La compagnie de gas TOHO GAS, qui alimente en gas la région de Tokai, a rasé il y a quelques années une surface de 31 hectares pour la réaménager en ‘ville dans la ville environnementalo-consciente et économique en énergie’. En ce froid après-midi de janvier je me balade seul autour du ‘centre-ville’, le complexe commercial Lalaport NAGOYA Minato AQULS qui a ouvert quelque part fin 2018. Pour être franc je ne vois pas en quoi l’endroit diffère des autres villes-commerce qui poussent comme des champignons dans la région – Aeon Mall à Minami Odaka, Hill’s Walk à Narumi entre autre et ce rien que dans un rayon de 10 kilomètres. Les gens affluent vers les métropoles, et Nagoya s’élargit encore et encore. Comme la région sud-est de Nagoya il y a 10 ans (Odaka) puis la région nord est de Nagoya il y a 5 ans (Nagakute), c’est maintenant autour du port de Nagoya que viendront s’entasser les gens quand tout les immeubles seront élevés.

TOHO GAS semble s’être amusé à parsemer batiments, immeubles et parkings d’un motif en damier de couleur gris, brun et beige. Je suis a peu près certain de l’avoir vu dépeint sur les murs d’un énorme hangar de la firme dans la péninsule de Chita, mais dans des teints bleus et blanc. Afin d’éviter sans doute les embouteillages que provoquent toujours ce genre de complexe commerciaux, de larges routes le traversent ou font le tour de celui-ci. Le terme complexe commercial porte bien son nom. Passerelles et ponts, partent dans toutes les directions dans des inclinaisons variées comme sur la dernière photo. On monte, on descend sans trop savoir à quel étage l’on se trouve. Quand on y regarde de plus près, même les ombres semblent s’y perdre.

‘Hep, taxi !’

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Est-ce encore aujourd’hui ainsi que l’on hèle les taxis ? Partout dans le monde, lever le bras à leur approche suffit-il à les faire s’arrêter, tel un signe universel ?

J’avais l’intention de prendre quelques photos d’immeubles aux alentours de la gare de Nagoya, mais le temps grisâtre ne m’inspire pas. Au fur et à mesure que je me balade, je me rends compte qu’ils sont partout ! Cachés derrière les panneaux ou les arbres, volants au dessus des masses ou bien tout là-bas sous nos pieds. Noirs, bleus, blancs ou verts. Les derniers modèles friment avec leurs portes coulissantes. Dissipés, ignorant le code de la route. Ou encore bien élevés, attendant sagement en rangs.

Je prends le taxi deux ou trois fois par mois dans le cadre du travail, quand nos horaires sont avant ou après ceux des transports en commun. Les taxis sont confortables et toujours cinq minutes en avance sur l’horaire prévu, le service est bien entendu impeccable. Comme c’est toujours moi qui conduit pendant de longues heures lors de nos promenades en famille, me faire trimballer de la sorte est plutôt agréable.

Le seul point qui m’intrigue est le silence qui règne a l’intérieur du véhicule. Par chance, les chauffeurs sont peu bavards, ce qui m’épargne d’avoir à répondre poliment aux ‘vous parlez bien japonais’ et autres ‘vous venez d’où ?’ qui ne mènent nulle part. Mais la radio est toujours éteinte. Le chauffeur allumerait-il la radio pour moi si je le lui demandai ? Ou bien me mettrait-t-il un peu d’enka enregistré par ses soins sur une cassette au son déformé a force de l’écouter en boucle ? A sa place je serai incapable de tenir dix minutes sans m’assoupir, surtout autour de minuit. N’est-il pas fatigué ?

Je profite du silence pour rêvasser un peu. Sur ma gauche la mer est noire comme l’encre. Tout au loin,  de l’autre cote de la rive de la baie d’Ise, à Yokkaichi, les tours des combinat pétrochimiques crachent d’impressionnantes flammes. M’en serais-je rendu compte si j’avais été distrait par la musique ?

‘It’s so peaceful and quiet’ – Hanami 2019 @ Tsuruma Koen

Avril déjà. Cette année aussi, c’est déjà la saison des cerisiers en fleurs. L’hiver a été plutôt doux, je suis un peu déçu de ne pas avoir pu profiter pleinement de la montagne. Tout le monde semblait s’accorder à dire que cette année les cerisiers fleuriraient plus tôt que d’habitude, mais une soudaine vague de froid a fait durer le plaisir.

Tsuruma Koen est un grand et agréable parc connu pour ses cerisiers. Nous y avions fait un hanami, déguisés, il y a deux ans avec des collègues et étions même passés à la télé. J’ai eu bien de la peine à me remémorer celui de l’année dernière, jusqu’à ce que je me souvienne que nous étions alors de retour en France. Je suis retourné à Tsurumai Koen, en famille cette fois. Les fleurs de cerisiers étaient en pleine éclosion. La télé était au rendez-vous, mais impossible d’y retrouver d’éventuels collègues tant le parc entier grouillait de monde. Les gens mangent, boivent ou roupillent, jouent de la guitare, bavardent, les enfants jouent au ballon. Il y a beaucoup d’étrangers, des touristes bien sûr mais certains d’entre-eux semblent habiter à Nagoya, j’entends même parler français. 

Plus que la beauté des cerisiers, j’apprécie surtout le sentiment de paix et de liberté totale qui règne pendant cette période. A défaut de savoir expliquer cela avec des mots, je me fais bref et vous laisse avec quelques photos. 

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‘nippon no hataraku hitotachi’

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Est-ce l’âge, je suis amené depuis quelques temps à me rendre chez le dentiste toutes les deux semaines pour de grands travaux, ce qui me donne l’occasion d’aller régulièrement me balader au centre-ville de Nagoya. La galerie marchande souterraine Central Park située à Sakae prête un mur d’une cinquantaine de mètres en guise galerie d’art. J’y jette toujours avec plaisir un oeil avant mon rendez-vous. La plupart du temps y sont présentées des tableaux ou dessins d’élèves de quelque école d’art ou de design à caractère humanitaire ou encore des photographies thématiques. Selon le sujet ou la qualité des oeuvres il m’arrive de survoler la galerie ou d’y jeter un oeil plus attentif. Pendant ce temps les passants passent. Je me suis souvent demandé ce que pourrait bien se passer si j’osais barrer le chemin à l’un d’eux et lui dire : ‘Et vous, vous en pensez quoi de ce tableau ?’ ‘Mais vous êtes cinglé !?’, me répondrait-il probablement.

Aujourd’hui, sur un immense panneau de 3m x 1.5 environ, une dizaine d’employés d’une entreprise de déménagement prennent la pose cartons en main tandis qu’au fond un type fait l’acrobate et que deux autres se passent un carton en faisant du trapèze. Sur la photo d’à côté, les employés de l’entreprise Secom, spécialisée en agencement de sécurité jouent au foot en tenue de patrouille et casque sur la tête … Petites, moyennes et même grandes entreprises, chaînes de télévision, organisations diverses et même clubs de sport prennent la pose pour cette série intitulée ‘Nippon no hataraku Hitotachi’. L’enthousiasme par rapport au travail qui saute aux yeux sur chacune des photos m’intrigue puisque je peine à motiver mes troupes dans le cadre du mien. Je rêvasse, l’année prochaine notre boîte fête ses 15 ans, un concept dans le genre pourrait serrer des liens et remonter le moral à tout le monde …

Alors que je regarde les photos avec beaucoup d’insistance, un type s’approche de moi. Il me semble l’avoir vu quelque part … Sur la photo de profil de la galerie ! J’ai eu le plaisir de discuter avec l’auteur des photos, Sugiyama Masahico, et lui ai fait part de tout ce que j’en pensais de bien, du bonheur éprouvé à voir des gens fiers de leur entreprise -même pour de faux, même ne serait-ce que l’instant d’une photo. 

Pour ceux qui veulent en savoir plus, une vidéo prise lors d’un événement TEDx explique le processus et le concept derrière cette série de photographies. Sinon, mises à jour sur Twitter et autres Instagram. Pour les rares personnes de Nagoya, l’expo a lieu jusqu’au 24 mars.

‘Never do, what they do …’

‘Lost generation, fast paced nation. World population confront they frustration …’

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C’est maintenant à la mode depuis deux ou trois ans ; Au Nouvel An, faire la queue plusieurs heures avant l’ouverture des magasins pour être parmi les premiers à s’arracher un – ou plusieurs – Fukubukuro, paquets-surprise comprenant un lot d’articles à prix cassés d’une marque ou d’une enseigne de magasin. S’entasser ensuite dans les shopping-mall, mettre une heure rien que pour trouver une place de parking, attendre une autre heure pour trouver une table au restaurant, faire ses courses dans un boucan monstre, et se refiler la grippe en prime. Consommer, consommer, consommer … Argent, temps, énergie, tout y passe. Quelle merveilleuse manière de commencer l’année !

Afin d’éviter la foule et les embouteillages, nous ne sortons pas d’un rayon de 10km autour de chez nous. Nous nous rendons au temple le 4 janvier généralement. Après tout le monde, puisque personne n’a encore été capable de m’expliquer pourquoi il fallait impérativement s’y rendre avant, inutilement bousculé par la foule. Les parcs sont pratiquement déserts. Basket, foot, freesbee et cerf-volant sont au programme. ‘Mais … les enfants n’ont pas froid ?’ me demande-t-on souvent. ‘Froid ? Mais … non. Bien sûr que non !’ A force de courir, c’est à peine s’ils ne se plaignent pas d’avoir trop chaud.

Au Nouvel An, à force de faire tout différemment des autres, c’est à chaque fois la saison des remise en question. A propos de moi, mais aussi de ma famille. Suis-je, sommes nous bien au bon endroit ? Comment va se passer cette année, à l’école, au travail ? Cette nouvelle année nous apportera-t-elle une réponse à ces questions ?