‘Silence, on roule !’ – Takeshima Island (Aichi pref.)

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C’est par hasard que nous arrivons ici aujourd’hui. Au fur et à mesure que les enfants grandissent il devient de plus en plus difficile de trouver l’unanimité à propos de nos destinations. Nous sommes montés en voiture sans réussir à nous mettre d’accord et je me suis retrouvé à conduire au hasard. Même la radio est coupée afin de ne pas troubler le silence de mort. Je me contente de me concentrer sur la route. La situation me fait penser au livre ‘La musique du hasard‘ de Paul Auster, dans lequel le personnage principal, ayant hérite d’une petite fortune de son père méconnu, décide d’acheter une voiture et de sillonner les Etats-Unis jusqu’à ce qu’il ait dépensé son dernier dollar.

Après une grosse heure de route, ce que j’appellerai volontiers ‘le hasard du silence‘, nous mène à Gamagori, au sud est de la préfecture d’Aichi. Une fête a lieu sur la plage, le ‘Takeshima Garden Picnic‘ (Takepi). Dans des tipis on vend des bricoles faites mains et des aliments organiques. Tandis qu’on joue de la musique reggae sur la scène principale, des groupes jouent des classiques du rock, ou encore du blues un peu partout. Les gens discutent et rigolent, dansent vaguement ou dorment affalés de tout leur long sur la pelouse. Après un été particulièrement long, le vent frais de la mer est en effet très agréable. 

Reliée à la plage de Gamagori par un long pont de 387 mètres, flotte au loin la mystérieuse île de Takeshima. Quand nous traversons le pont, le vent souffle fort et donne naissance à des sifflements invraisemblables en passant entre les barreaux. Bien que nous soyons éloignés de la plage le vent transporte la musique jouée live jusqu’à nos oreilles, il faut monter les escalier jusqu’au centre du sanctuaire Yaotomi pour finalement trouver un silence propice au lieu. Du côté opposé au pont, un promontoire offre une vue dégagée sur la baie de Mikawa. Un étroit passage permet le faire le tour de l’île mais il y a trop de vent pour oser m’y aventurer avec les enfants. 

 

 

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‘Et dans 150 ans …’

Mes carnets fêtent leurs 10 ans ce mois-ci. 10 ans, quelle longue période ! Il m’est arrivé plusieurs fois de songer à arrêter d’y écrire. Dans ces moments là je feuillette ma bible, ‘tsudzukeru chikara’ 続ける力 ( excellent bouquin de Makoto Ito qui explique pourquoi il est si difficile de continuer sur le long terme ce que l’on entreprend, et donne des conseils sur la manière d’y parvenir ) et la motivation revient. 

Pourtant, tout a failli disparaître le mois dernier. Mis à mal physiquement et mentalement par la chaleur éreintante et un manque flagrant de repos, j’ai pété les plombs. A chaque endroit où nous nous rendons : ‘On est venu ici il y a 3 ans …’ A chaque balade : ‘Tu te souviens ? Ce jour-là on était là, untel a fait ceci …’ Sans cesse à ressasser le passé, à passer des heures à minutieusement imprimer, découper, coller, écrire … A quoi bon ? Je craque, me retrouve à bazarder 10 ans de ‘travail’ – et bien d’autres choses dans des cartons en serrant les dents pour me retenir de fondre en larmes, sachant bien au plus profond de moi que tout jeter au centre de recyclage du coin, c’est bien là la dernière chose que je souhaite faire. On me retiens, je cède … Alors que j’écris ces lignes les 16 tomes sont à nouveau à leur place. 

Les mois et les années passent et je n’ai toujours pas réussi à me décider : Faut-il tenir à la fois ce blog et mes carnets ? Il m’arrive d’imprimer les articles du blog puis de les coller dans mes carnets en y ajoutant quelques photos supplémentaires, mais en réalité c’est plutôt l’inverse, une digitalisation des carnets qui m’intéresserait. Mais pour cela il faudrait sacrifier ma vie privée ou alors choisir soigneusement chaque mot. Bien que les visiteurs soient peu nombreux et les intervenants encore moins, j’aime trop le côté interactif du blog, l’idée qu’un lecteur puisse avoir envie de visiter un lieu présenté dans ces pages pour y mettre fin. 

Comme les carnets trônent dans ma pièce et prennent de plus en plus de place au fur et à mesure que le temps passe, les enfants y jettent parfois un oeil – ce qui m’oblige à dater tous les prospectus et documents placés entre les pages puisqu’ils ne les remettent jamais en place ! Malheureusement ils ne savent pas lire le français, mais ils semblent apprécier se remémorer les lieux visités en regardant les photos. Les années passent, mais l’envie de continuer ne fait que se renforcer …