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‘Pourquoi j’écris, autant me demander pourquoi je respire …’

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On me demandera pourquoi je n’écris plus. En vérité la question serait mal posée puisque cela fait bien longtemps que je n’ai plus écrit autant. Il se trouve que je suis fâché avec le digital. Les I Phones, les mini-ordinateurs portables, I-pad et autres gadgets numériques se veulent pratiques, mais leur principal défaut est qu’ils ont une trop grande force d’attraction. On les allume pour effectuer une tâche et le temps passe a une vitesse phénoménale. Il faut les voir, tous, leur précieux à la main. Dans le train, dans le bus, en voiture, aux toilettes, partout. Il faut les voir passer 10 minutes à écrire un message qu’un coup de téléphone de 30 secondes aurait arrangé. Les voir à la gare mettre 5 minutes pour vérifier l’horaire de leur train sur leur instrument alors que le panneau d’affichage n’est qu’à trois mètres d’eux. Impossible d’avoir une conversation normale avec mes collègues pendant la pause de midi puisqu’ils sont tous à se bousiller les yeux sur leurs écrans minuscules.

Comme j’ai mauvaise mémoire, je suis obligé de prendre note de tout. Acheter un smart phone hors de prix pour y noter que je dois acheter deux litres de lait au supermarché au retour du travail est ridicule, un bon vieux bloc-note fait largement l’affaire. Par manque de place j’utilise maintenant depuis trois années consécutives l’agenda B5 de Muji. Sa grande taille au prime abord encombrante à l’avantage d’offrir une certaine stabilité bien utilise quand il s’agit d’écrire dans le train, à peu près le seul moment de la journée où j’ai un peu de temps pour moi tout seul.

Je me suis surpris à éprouver un grand plaisir à feuilleter les agendas des années précédentes. Les événements n’y sont parfois notés que de façon succincte, des périodes laissées blanches laissent suggérer une période difficile ou tout simplement le manque de temps. Les listes de préparatifs remémorent des voyages, des notes certaines conversations. Les rendez-vous me rappellent que cela fait des mois que je n’ai pas vu untel … Petits plaisirs que n’offrent pas le digital puisque personne ne relit ses mails reçus ou envoyés il y a trois ans, personne ne consulte ses entrées l Cal. Par manque d’espace disque, nous entrons dans une triste période où il faut effacer son passé pour y faire de la place pour les choses à venir.

De fil en aiguille j’ai entamé la rédaction d’un autre cahier plus compact, où je note le fil de mes pensées, questions existentielles et autres introspections. Avec le recul il me semble que je n’y écris que lorsque je vais mal. Que plus je suis énervé, plus j’y écris grand, avec de grands espaces entre chaque mot. A force d’écrire des messages de plus en plus courts, on oublie à quel point écrire d’une traite pendant dix ou quinze minutes peut défouler. En un peu moins d’un an j’en suis au troisième carnet.

Après avoir ainsi noté ce qu’il faut faire et ce qu’il aurait fallu faire, il ne manquait plus qu’à coucher sur papier ce qui a été fait. C’est le point de départ du troisième cahier, un bon vieux journal intime comme j’en écrivais déjà il y a 20 ans de cela. Les articles ne commencent plus par ‘cher journal … ‘ et je n’y passe plus mon temps à m’excuser de ne pas y avoir écrit pendant une semaine, mais j’y relate les faits sans les analyser, en y ajoutant quelques photos et articles de journaux. Ma joyeuse compagnonne se moque de moi, je suis pire qu’une lycéenne avec mes cahiers et ma trousse.

Surtout, le tout-digital me fait peur. Nos données sont stockées on ne sait où par on ne sait qui. Qui me viendra en aide le jour où Facebook, Flickr et WordPress seront fermés du jour au lendemain et que toutes mes précieuses mémoires seront perdues. Le jour où mon ordinateur explosera, que mes cd seront rayés, mon disque dûr externe dérobé ? Un cahier, dix cahiers, cent cahiers ! Ils sont et seront physiquement là, dans l’étagère. Ils me prendront de la place mais il me suffira de tendre le bras pour parcourir une partie de mon existence. A force de vouloir tout partager avec tout le monde il me semble que nous perdons tous un peu nos repères. De même, ma joyeuse compagnonne a fini par comprendre que si je ressasse si souvent le passé ce n’est pas parce c’était mieux avant, mais parce que j’en suis fier, que c’est à travers ces étapes que je suis là où j’en suis aujourd’hui.

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