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‘Pourquoi j’écris, autant me demander pourquoi je respire …’

juillet 22, 2012

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On me demandera pourquoi je n’écris plus. En vérité la question serait mal posée puisque cela fait bien longtemps que je n’ai plus écrit autant. Il se trouve que je suis fâché avec le digital. Les I Phones, les mini-ordinateurs portables, I-pad et autres gadgets numériques se veulent pratiques, mais leur principal défaut est qu’ils ont une trop grande force d’attraction. On les allume pour effectuer une tâche et le temps passe a une vitesse phénoménale. Il faut les voir, tous, leur précieux à la main. Dans le train, dans le bus, en voiture, aux toilettes, partout. Il faut les voir passer 10 minutes à écrire un message qu’un coup de téléphone de 30 secondes aurait arrangé. Les voir à la gare mettre 5 minutes pour vérifier l’horaire de leur train sur leur instrument alors que le panneau d’affichage n’est qu’à trois mètres d’eux. Impossible d’avoir une conversation normale avec mes collègues pendant la pause de midi puisqu’ils sont tous à se bousiller les yeux sur leurs écrans minuscules.

Comme j’ai mauvaise mémoire, je suis obligé de prendre note de tout. Acheter un smart phone hors de prix pour y noter que je dois acheter deux litres de lait au supermarché au retour du travail est ridicule, un bon vieux bloc-note fait largement l’affaire. Par manque de place j’utilise maintenant depuis trois années consécutives l’agenda B5 de Muji. Sa grande taille au prime abord encombrante à l’avantage d’offrir une certaine stabilité bien utilise quand il s’agit d’écrire dans le train, à peu près le seul moment de la journée où j’ai un peu de temps pour moi tout seul.

Je me suis surpris à éprouver un grand plaisir à feuilleter les agendas des années précédentes. Les événements n’y sont parfois notés que de façon succincte, des périodes laissées blanches laissent suggérer une période difficile ou tout simplement le manque de temps. Les listes de préparatifs remémorent des voyages, des notes certaines conversations. Les rendez-vous me rappellent que cela fait des mois que je n’ai pas vu untel … Petits plaisirs que n’offrent pas le digital puisque personne ne relit ses mails reçus ou envoyés il y a trois ans, personne ne consulte ses entrées l Cal. Par manque d’espace disque, nous entrons dans une triste période où il faut effacer son passé pour y faire de la place pour les choses à venir.

De fil en aiguille j’ai entamé la rédaction d’un autre cahier plus compact, où je note le fil de mes pensées, questions existentielles et autres introspections. Avec le recul il me semble que je n’y écris que lorsque je vais mal. Que plus je suis énervé, plus j’y écris grand, avec de grands espaces entre chaque mot. A force d’écrire des messages de plus en plus courts, on oublie à quel point écrire d’une traite pendant dix ou quinze minutes peut défouler. En un peu moins d’un an j’en suis au troisième carnet.

Après avoir ainsi noté ce qu’il faut faire et ce qu’il aurait fallu faire, il ne manquait plus qu’à coucher sur papier ce qui a été fait. C’est le point de départ du troisième cahier, un bon vieux journal intime comme j’en écrivais déjà il y a 20 ans de cela. Les articles ne commencent plus par ‘cher journal … ‘ et je n’y passe plus mon temps à m’excuser de ne pas y avoir écrit pendant une semaine, mais j’y relate les faits sans les analyser, en y ajoutant quelques photos et articles de journaux. Ma joyeuse compagnonne se moque de moi, je suis pire qu’une lycéenne avec mes cahiers et ma trousse.

Surtout, le tout-digital me fait peur. Nos données sont stockées on ne sait où par on ne sait qui. Qui me viendra en aide le jour où Facebook, Flickr et WordPress seront fermés du jour au lendemain et que toutes mes précieuses mémoires seront perdues. Le jour où mon ordinateur explosera, que mes cd seront rayés, mon disque dûr externe dérobé ? Un cahier, dix cahiers, cent cahiers ! Ils sont et seront physiquement là, dans l’étagère. Ils me prendront de la place mais il me suffira de tendre le bras pour parcourir une partie de mon existence. A force de vouloir tout partager avec tout le monde il me semble que nous perdons tous un peu nos repères. De même, ma joyeuse compagnonne a fini par comprendre que si je ressasse si souvent le passé ce n’est pas parce c’était mieux avant, mais parce que j’en suis fier, que c’est à travers ces étapes que je suis là où j’en suis aujourd’hui.

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3 commentaires

  1. Tout d’abord, même si je commente avec un peu de retard, sache que ça fait plaisir de te lire à nouveau !

    Ton message me rappelle les discussions que je peux avoir avec un ami qui pose un regard assez similaire au tien. En ce qui me concerne, c’est quasiment tout le contraire. J’ai presque développé une allergie (une phobie ?) au papier. Le papier, un envahisseur qui ne cherche qu’à encombrer, occuper le plus d’espace possible… J’exagère un peu, certes, mais cette période où la dématérialisation est à la mode (ne serait-ce que pour son aspect économique), où les livres et les revues numériques apparaissent, je l’apprécie grandement !

    Enfin, je tenais à t’assurer que ça m’arrive absolument de relire de vieux mails, de rechercher des dates sur iCal, ou encore de relire de vieilles notes sauvegardées sur ordinateur ! Si, par contre, ce que je cherche n’était pas sous une forme numérique… là… les choses se gâtent. Comme quoi, avec un tout petit peu d’organisation, les données peuvent être tout aussi, voire plus pérennes ;).


  2. Salut salut.

    Content de te relire aussi – en tant que commentateur, tout d’abord.

    Je ne doute pas que certaines personnes s’en sortent mieux avec le numerique que le format papier ! Peut-etre ai-je ete traumatise par de trop nombreuses pertes de donnees dues au caprices de mes ordinateurs portables qui rendent l’ame du jour au lendemain, de services internet qui cessent soudain d’exister sans avertissement.

    Je sais je sais, c’est ma faute, je n’avais qu’a sauvegarder mes donnees sur un disque dur, un cd ou un serveur ftp. Mais comme tu le dis, je suis trop mal organise. Je suis en verite meme sacrement bordelique, et faineant de surcroit, ce qui n’arrange rien !

    Du coup rien que d’ecrire dans mon cahier et de le ranger dans l’etagere ou mon sac une fois termine, je suis deja a 100% de mes capacites. Me demander de creer des fichiers pour classer mes mails, graver un cd, c’est trop m’en demander : )


  3. […] mon premier post sur le sujet, au bout d’un peu plus de 6 ans j’en suis au douzième tome, au douzième carnet […]



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